wandering queer

brouillon, dans le désordre et au crayon gris

l’espace « safe » ne se fera pas tout seul – I 3 février 2014

je veux des espaces où j’ai envie de revenir. des espaces où je me sens bien. me sentir bien? tentative de description : ça veut dire sentir un peu de liberté (ne pas me sentir jugée et remise à ma place dès que je fais un truc) et d’espace, ça veut dire avoir l’impression que je peux un peu faire confiance aux gens autour, et savoir que personne est en train de bader* dans son coin. partager des moments chouettes avec les gens, apprendre. et surtout, savoir que les autres gens autour se sentent un peu pareil. qu’ielles sentent la liberté de faire ce qu’ielles veulent, qu’ielles ont l’impression de pouvoir faire un peu confiance à moi et aux autres gens qui sont là, qu’ielles n’ont pas envie que moi ou qqnE d’autre bade dans son coin.

ça commence à coincer, hein ? si les genTEs font ce qu’ielles veulent, à un moment ielles vont faire un truc qui va me blesser ou m’énerver ou quoi, et je vais bader dans mon coin. ou avec ma bande de copainEs. du coup on va partir énervéEs et rester ensemble.
enfin, jusqu’à ce que l’unE d’entre ielles dise un truc qui me blesse, et comme je suis déjà en train de bader, ça va juste me faire plus bader.
dans mon coin, toute seule.
ahem.
à moins que je choisisse mieux mes copinEs, que ce soit seulement celleux qui me font jamais bader.

?
vous y croyez, vous, à des copinEs avec qui vous avez jamais de désaccord, qui disent jamais un truc qui vous plait pas, qui vous blesse ou vous énerve ?

 

parfois, j’ai l’impression que la notion d’espace safe*, ou même d’espace safer*, c’est l’idée d’un espace libre de toute agression. un espace où jamais personne fait un truc qui va te faire bader. quand je vois ce qui me fait bader, et ce qui fait bader d’autres personnes, que parfois c’est des trucs complètement inattendus, je me dis que la seule possibilité de faire un espace vraiment safe, c’est de plus rien y dire. non, attends, de plus trop bouger non plus, y’a des gestes qui… et de plus rien y faire. non, attends, parfois y’a aussi des présences qui dérangent. alors finalement, euh, rester seulE chez soi, et surtout pas d’ordi, on pourrait tomber sur un article qui fait bader (celui-là, au pif. attention, cet article, sous couvert de lutter contre la grossophobie, est ignoble et totalement badant pour qui sait comment ça (ne) marche (pas) les régimes. j’ai passé plusieurs heures dans un état de semi-panique après avoir lu ça).
.
.
.
ou alors, on se dit que peut-être, des « espaces où j’ai envie de revenir », c’est autre chose. qu’il n’y a pas d’ « en-dehors » libre des oppressions qu’on vit au quotidien. c’est quoi, qui fait que j’ai envie de revoir mes amiEs quand ielles m’ont blessé, et pas le vague pote d’unE pote ? ou même, c’est quoi qui fait que j’ai envie de revoir certainEs amiEs même quand ielles me blessent souvent, et que d’autres, à un moment je laisse tomber ?
je sais pas vous, mais moi, c’est parce qu’avec ielles, on trouve un moment pour en causer, on s’explique, et on réfléchit à comment ça peut ne plus arriver. et après, on construit là dessus, et on fait réellement en sorte que ça n’arrive plus. enfin, on essaie.
et vous, c’est quoi qui fait que vos amitiés elles durent malgré les moments où on se fait mal ?

 

à chaque fois qu’on se fait mal, et qu’on réussit à en parler, passé le moment super dur (on a peur de dire ce qui va pas, on a peur d’en vouloir à l’autre ou qu’elle nous en veuille, qu’on soit plus amiEs, qu’elle nous juge, enfin tout ça quoi.), à chaque fois, je suis tellement contente que ça se soit passé. à chaque fois, j’ai l’impression qu’on a construit plus de confiance, qu’on a grandi toutes les 2, qu’à force de discussion et de réflexion chacune de son coté, on a transformé les critiques en un truc positif et excitant. (bon, c’est sur, c’est parce que j’aime bien me regarder le nombril et travailler à le transformer en un truc plus satisfaisant…)
quand on arrive pas à en parler, par contre, c’est autre chose… même si on passe à autre chose, qu’on continue à construire un truc, qu’on fait comme si c’était passé, bin ce truc là il reste. soit que t’arrives pas à dire ce qui t’a fait du mal, soit que tu sentes bien que t’as merdé mais que tu peux pas avancer si ielle te dit pas ce qui allait pas. ça reste là, en travers de la gorge, hein?

 

non, bon, c’est pas vrai tout le temps (ça se voit, que je pense en même temps que j’écris ?…). parfois y’a des gens avec qui j’ai jamais trop ce genre de conversation, et on est quand même amiEs longtemps. alors c’est quoi ? je crois que là du coup, c’est que quand je suis blessée/énervée par un truc qu’ielles font, je finis par comprendre d’où ielles partent en faisant ça, pourquoi, c’est quoi la logique, qu’est-ce qu’il se passe pour ielles, et qu’au final, à force de les comprendre, j’ai perdu tout énervement, je vois ce qu’il se passe pour moi, ce qu’il se passe pour ielle, et puis hop, on passe à autre chose, c’est cool, je nous connais mieux. bon, c’est pas la même version de l’événement ou de la vie, quoi. une grande conversation est-elle nécessaire? bin non, ielle est comme ça, à prendre ou à laisser. à moi de faire des choix.
si je devais avoir des grandes conversations dès que quelqu’unE fait un truc qui me déplait, j’aurais plus trop le temps pour faire autre chose…
et aussi, « avoir une grande conversation », pour dire voila ce que tu as fait là bin ça va pas, ça veut dire demander à l’autre de changer ce qu’ielle fait pour que ça n’arrive plus. et si je devais changer à chaque fois qu’un truc que je fais ne convient pas à une personne, bin j’aurais plus le temps de faire autre chose, ni d’ailleurs d’estime de moi… je veux bien changer, si je trouve que ta critique est légitime, si c’est un comportement que moi aussi je juge pas correct (une fois que j’ai compris hein, parce que y’a des fois, je suis quand même bien d’abord sur la défensive et il faut du temps, que ça macère, pour que je trouve que t’as raison, c’est pas correct). mais y’a des fois en fait ou même après avoir réfléchi, bin non, j’ai pas envie de changer ça, ou alors c’est pas possible de changer ça maintenant ou comme tu me le demandes (typiquement, dans un couple, c’est ce qui me fait vraiment bader pour le coup. chériE, j’aime pas comment tu, allez, au hasard, j’aime pas comment tu manges. oh d’accord mon amour, je vais changer toutes mes habitudes quotidiennes pour ressembler à la personne idéale que t’as dans la tête). je suis comme ça là maintenant, ça vient en package, c’est à prendre ou à laisser, et je comprendrais que tu choisisses de laisser.

 

bon euh voilà, ce texte s’annonce extrêmement long. j’étais partie sur les espaces safe, mais ce détour semble finalement important. on verra bien pourquoi ? je pense en même temps que j’écris, alors bon, c’est brouillon. mais pour une fois, écoute, on va faire un truc brouillon, et avec des mots simples, ok ?
du coup, ça sera le chapitre 1, et je vais même lui trouver un titre.
j’aimerais beaucoup, toi qui pense des tas de trucs à la lecture de ce texte, que tu me le dise. en commentaire, ou par mail, ou un truc, quoi. que tu sois d’accord ou pas, même si c’est un peu hors sujet, même si c’est juste une anecdote🙂

 

 

vas-y, je vais mettre les edits de mon esprit en escalier, ici, dans l’ordre, plutot que d’editer le texte:
– en fait, si une amitié dure un certain temps et qu’on s’est jamais engueulé/dit des trucs qui nous l’avait pas fait/fait des critiques, je commence vite à trouver ça louche. c’est sûrement que l’1 des 2 est en train de s’oublier dans la relation, ou bien, qu’on arrive pas à se dire les choses. (enfin, que l’autre arrive pas à me les dire. si y’a des trucs qui me le font pas, je m’en rends bien compte, hein) (à moins justement que je sois en train de sacrément m’oublier, et là, purin, gros voyant rouge qui clignote, il faut se barrer!). en tout cas, ça me met pas en confiance, du tout. je commence à regarder tout ce que je fais, à paranoïer que l’autre le prend mal et ose pas me le dire, tout ça. ça vous arrive, vous, des trucs où jamais jamais y’a un problème ?

 

– y’a mille façons de se dire les trucs. c’est pas forcément « il faut qu’on parle, voilà, grand A grand B grand C ». ça peut être des vannes/des blagues, des métaphores et des trucs détournés, une bonne engueulade, y’a mille façons. y’en a certaines qu’on sait entendre, pi pas d’autres…

 

* des trucs à définir ?
-« bader » = je choisis un mot un peu vague exprès parce que ça recouvre plein de choses. disons, en gros, me sentir mal, pas bien. ça peut recouvrir plein de réalités, selon les situations. pour formuler autrement le truc, « j’ai pas envie que y’ait des gens dans cet espace qui se sentent pas bien » ? puis en fait au cours du texte je propose des exemples ou d’autres termes. on y reviendra plus en detail dans le chapitre II😀
– « espace safe » : bin c’est justement ça la question. c’est quoi, un espace safe ? est ce que c’est souhaitable ? comment on le fait ? « l’espace safe » c’est une notion que j’entends dans des milieux féministes, disons, qui veulent que nos espaces de vie, d’activités (un collectif d’habitation, un lieu de soirées, un événement, etc) soient « safe ». parfois c’est traduit mais les traductions sont encore plus pourries et recouvrent des notions plus spécifiques. le terme utilisé pour un débat general je trouve c’est quand meme souvent « espace safe ». « safer » ( = « plus safe ») c’est une notion qui prend en compte l’idée que l’espace ne peut jms être totalement safe, et qui veut qu’il soit quand meme, moins pourri, un peu plus safe.

 

11 Responses to “l’espace « safe » ne se fera pas tout seul – I”

  1. marie Says:

    faudrait que tu définisses « safe » et « bader »… on n a pas les mêmes définitions, les mêmes limites, les mêmes envies. par exemple moi, je bade pas dans un coin, je rentre chez moi, parce pour moi ça veut dire que je m emmerde et que je me sens pas concernée par la soirée… mais y en a qui « font un bad » et qui peuvent pas rentrer chez eux, chez elles (parce que psychologiquement y a un choc ou un bug : drogues, affect, physique…) … et pour moi safe ça veut dire sans boneheads… et j’ai besoin d’éclectisme pour me sentir bien, alors que pour d’autres l’inverse est une protection

  2. marie Says:

    après je trouve que c’est une question qui revient souvent (depuis ma première ladyfest en 2006 ou 2007), et sur laquelle ça n’avance pas vraiment sauf si c’est un débat philosophique qui n’attend pas d’application

    • stupidfrog Says:

      oui ça revient tout le temps, mais non, je dirais pas qu’on avance pas. moi je trouve que y’a des genTEs qui se posent des questions, qui tentent des trucs, et qui foirent bien sur, mais pas pareil que y’a 5 ans, par exemple. je vois des tentatives ou des façons de penser le truc un peu inédites, régulièrement. en tout cas en ce moment, j’en vois plein d’occurences, c’est pour ça que ça remue dans ma tete et que ça m’a donné envie d’écrire ça.

  3. kevisch Says:

    alors du coup, je sais plus trop si tu parles de relations interpersonnelles ou d espace plus ou moins public.
    parce que bizarrement ca marche plus pareil quand on s adresse a une personne ou a un groupe.. (on peut tromper mille fois une personne mais on en peut pas… non attend, on peut tromper une fois mille personnes etc…) si je n arrive pas a m entendre avec une personne (malgre toutes les technique sus mentionnees), je peux laisser tomber, on est pas obliges de rester amis de se voir ou quoi. mais je pense pas que ce soit classe d en dire autant pr un lieu un evenement ou quoi. quand un groupe organise un truc et que ca peche, on le leur fait savoir (bon, tres svt c est pas dit gentiment avec le sourire, mais qui sommes nous pour exiger qu une plainte soit dite avec les formes polites!). et on espere que la fois prochaine ca ai change.
    avec le tps, je vois que les groupes ont trouves une technique presque sans faille : plutot que de repondre de nos erreurs, on dissout le groupe, comme ca personne n est responsable et on peut continuer individuellement a ne surtout pas reflechir a nos actions).

    du coup, ca minterresse plus de parler d espace plus safe que de copines safe. comment continuer a organiser des trucs, continuer d aller dans des espaces sans pour autant rabaisser mes attentes d un bon moment.
    c est vrai qu on discute de la notion d espace safe depuis des plombes. et on arrive tjs pas a s entendre la dessus, sur les techniques ou quoi mettre en place. et puis quel genre de securite veut on creer ?

    bon, sinon, en ce qui concerne les relations interperso, je te suis😉

    • stupidfrog Says:

      bin en fait j’etais partie sur les espaces, publics ou collectifs en tout cas. et puis ca m’a paru logique de passer par les relations interperso, pour penser ca en concret et pas dans les gros mots. pour avancer, j’ai choisi un certain angle, parce que sinon on tourne vite en rond (le chapitre 2 sera pour revenir aux espaces collectifs). au final, en fait, je crois que c’est pas si different. c’est pas tres classe de dire a ta pote : je suis unE conNE ? et bin t’as qu’a plus me voir. de la meme façon que c’est pas classe de pas entendre les critiques faites a ton collectif, ce qui contribue du coup à l’exclusion de certaines personnes.
      la plus grosse différence que je vois pour l’instant, c’est que certains espaces collectifs, certains groupes, en tant que minoriséE, tu en as grave besoin. genre si le milieu transpédégouine me va vraiment pas, ça va me couter cher de le quitter, parce que ça veut dire retourner en milieu hétéro, et perdre les solidarités que je pensais pouvoir trouver. donc genre y’a des genTEs à qui ça coute très cher de quitter un milieu qui fait rien pour qu’ielles s’y sentent bien. ok. mais en fait les amitiés, c’est pas un peu pareil ? y’a des genTEs super sociables ou en tout cas entouréEs, qui peuvent se permettre de perdre une amitié si elle est pourrie. y’en a d’autres qui en chient + (à ce moment là de leur vie, ou pour telle ou telle raison) à avoir des liens, et parfois, perdre une amitié ça coute trop, du coup on y reste meme si elle est pourrie…

  4. marie Says:

    après c’est surtout en fonction de ton degré de minorisation ou de celui de tes proches et en fonction de l’environnement et du lieu de l’évènement, que tu vas avoir besoin d’espace safe : ça c’est objectif. Subjectivement, quelque soit le milieu, quand ça touche à l’intimité je n’utiliserais pas le mot safe qui est plus voué à un besoin collectif. Il faudrait trouver un autre mot… faudrait arrêter de se mélanger les pinceaux pour y voir plus clair, parce que c’est assez récurrent que des personnes se cachent derrière le collectif pour régler ses différends.
    Et les anglicismes c’est pour faire des euphémismes? je trouve pas ça très safe…

  5. edith Says:

    j’aime beaucoup cet article! voilà. (#modestecontributiondujourbonjour)

  6. Plume Says:

    MMh… Cela dit, d’un point de vue de transse, entre un espace social général en pleine révolution réactionnaire où j’ai désormais tout bonnement peur pour ma peau, et un espace politicofamilial qui n’est pas clair du tout à notre sujet, et où je me sens pas bien du tout, je préfère tout de même le « moindre mal » du second. Le souci, c’est qu’il nous donne désormais à manger au premier, histoire de retarder l’instant (historique ?) fatal…

  7. Granger Says:

    Ma réflexion rejoint la tienne, mais elle s’oriente sur un autre axe aussi : celle de l’amélioration de ses capacités (façon Beauvoir avec l’idée de sortir de l’immanence). On peut soit avoir des espaces « cocons », soit avoir des espaces qui nous font progresser : ça veut dire qu’on doit chercher à améliorer ses compétences, trouver sa voix, apprendre à s’exprimer et à intéragir avec le monde, augmenter son pouvoir sur le monde (seul et en groupe).

    Bref, je me méfie de tout règlement et toute théorie qui me dit « soit un tapis pour [X] » et qui nuit à l’estime de soi. J’ai des capacités et je veux pouvoir les améliorer et les utiliser, pas les détruire et en avoir honte.

    Par ex., pour ce qui est de l’espace de parole des minorités, c’est aider à le promouvoir, prendre leur défense face à des invasions de ces espaces, offrir mon aide selon mes compétences. Ce n’est pas juste « me taire et obéir en essayant de plaire à tout le monde ».

    • stupidfrog Says:

      je suis d’accord avec toi. j’allais y venir (quand je pensais encore naïvement ecrire la suite de ce texte le lendemain…), avec la notion de « brave space » plutot que de « safer space ». (si tu veux chercher des trucs sur cette notion, attention toutefois : il y a des textes radicaux super chouettes, mais aussi maintenant la notion a été récuperé par des trucs super normalisants qui en font juste un reglement de plus, justement… faut faire le tri).


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