wandering queer

brouillon, dans le désordre et au crayon gris

culture du viol et asexualité 19 mars 2013

je suis (enfin, j’étais) en train de lire « le cycle des gloria », une anthologie qui regroupe 4 des polars qu’Andrea H. Japp* a écrits.  J’étais assez fan de cette auteure. Le premier livre que j’ai lu d’elle (et relu récemment), Entretien avec une tueuse, contient, en vrac : une pute trans qui élève une ado paumée, une enquêtrice surdouée et surentrainée qui vole ds les supermarchés et se fout d’un peu tout, et des gens qui la respectent. J’en étais même à la soupçonner vaguement de féminisme. Là j’étais ravie, l’enquêtrice Gloria Parker Simmons de ce cycle de 4 livres est une mathématicienne misanthrope et géniale. ça allait être top.

C’était sans compter la culture du viol.

ça commence plutôt bien. y’a des personnages féminins forts, qqs réflexions sur le genre, l’homosexualité par-ci, par-là, et un ancrage de « polar de gauche ».

y’a le même type de perso féminin que dans l’autre polar : une meuf avec une enfance difficile qui est devenue forte, solitaire et géniale, et qui a un enfant chelou et « eu » de façon chelou. genre, une meuf qui s’en sort grave et qui bricole sa vie comme elle veut.

! attation, ET trigger warning (viol), ET total spoiler !

Gloria Parker-Simmons s’est fait abuser par son beau-pere pendant son enfance, et a fini par le buter à 13 ans. elle était enceinte et a gardé sa fille, Clare, à qui elle voue un amour fou. sa mère est morte en taule (elle a avoué le meurtre de son mari).

elle est devenue géniale à la fac, avec un prof qui lui sert de mentor et qui est vaguement amoureux d’elle mais elle, s’en fout, « elle n’appartient qu’à Clare ».

elle est hyper secrete sur sa vie, fait en sorte de tout crypter (on est dans les années 90s, les sorties sur « le fax c’est plus sur que l’email » sont assez marrantes), a une deuxième maison que personne connait. elle est maniaque de l’hygiene, deteste le contact humain sauf avec sa fille, deteste les odeurs corporelles. elle n’a pas de relation amoureuse, ou sexuelle ; elle tient ses nombreux prétendant(e)s insistant(e)s à distance. (je mets des « e » entre parenthèses parce que dans le tome 1 elle se fait guédra par une meuf, mais c’est un peu vu comme anecdotique). Elle a hyper peu d’amiEs (un vendeur d’épicerie de nuit, une alcoolique qui garde son chien) à qui elle ne se livre pas.

elle fait des maths et elle aime son ordi. et sa fille. elle fait des thunes pour que sa fille soit heureuse.

bref, je m’égare.

l’enqueteur du FBI qui l’embauche en free-lance, Cagney, la deteste d’abord, ce qu’elle lui rend bien. puis il tombe peu à peu amoureux d’elle. un autre enqueteur de la meme equipe, Morris, est fou amoureux d’elle depuis super longtemps. dans le premier tome, Morris est saoul un soir et il se rend un peu de force chez elle, lui avoue son amour, essaie de la toucher. elle hurle puis se recroqueville. il part, et ensuite il est partagé entre « j’ai fait une enorme bourde je l’ai trauma » et « il faut qu’on s’explique, qu’elle comprenne que je ne lui veux pas de mal ». c’est assez horrible cette description. mais Cagney, celui avec qui on est un peu censéEs s’identifier (avec lui et avec Parker-Simmons), trouve que le comportement de Morris craint, à la limite du harcèlement. Donc, jusqu’ici, tout va bien : on dessine en creux la masculinité qu’il ne faut pas être.

Dans le tome 2, Cagney donc tombe amoureux d’elle. et c’est là que ça devient atroce. il est sympa, la plupart du temps. il respecte son espace à elle, le fait qu’elle veuille pas d’intrusion, de relation. la plupart du temps…

déjà il vient faire connaissance avec sa fille en screud, alors que Parker-Simmons ne veut pas. elle lui signifie clairement qu’il a outrepassé ses droits, et qu’il se casse. bon, passe encore. mais ensuite un soir il va diner chez elle, et, saouls tous les deux, il est cool, il se retient, tout va bien, elle rigole à ses blagues, et, à un moment, elle met un peu de distance, genre, hé ho, on rigole et on mange des pates, mais tu vas rentrer chez toi après hein. et là il « change d’attitude », bref il pete un plomb, il lui balance à la gueule tout ce qu’il a appris d’elle et qu’elle tente de garder caché (son adolescence, d’où vient sa fille etc) et genre lui dit qu’elle ferait bien de se décoincer du cul, que l’amour blabla et le sexe blabla.

Et le lendemain il regrette meme pas. et à partir de là on nous dit qu’elle commence à penser à lui. et à la fin de ce tome elle se confie à lui dans ses bras.

moralité : si des gens veulent la paix, forcez les.

attendez, y’a le tome 3 qui arrive…

(quand meme, entre temps, elle a buté un type qui avait une arme. elle est trop forte, cette meuf)

il est fou amoureux d’elle désormais. il nous refait quelques fois le coup de « je perds mes moyens tout d’un coup en fin de soirée ». il nous fait de la drague lourde au tel et elle l’envoie bouler à chaque fois. mais elle se surprend a penser à lui. tout d’un coup sa solitude ne lui va plus.

à un moment elle se fait une amie. la meuf alcoolique, là, finalement elles se causent un peu de leurs vies et s’aiment bien. tu te dis, ah bin ptet, youpi, tiens, une relation amicale mise en avant. mon cul.

il part en voyage de boulot et la convainc de venir avec lui. il réserve une seule chambre et ment (il dit qu’il n’en restait pas d’autre alors que c’est faux). bref il magouille pour dormir dans le meme lit qu’elle. et apres il « perd ses moyens ».

au début elle dit non, et puis après ça lui plait. même quand il perd vraiment ses moyens et que les promesses qu’il vient de faire (il ne bougera pas, n’ouvrira pas les yeux, c’est elle qui mène le truc), il ne les tient pas et la plaque de force. je vous passe les détails.

le lendemain elle redevient super froide et l’évite.

mais à la fin du livre, quand le chien de Parker-Simmons meurt et qu’elle est super triste, au lieu d’aller voir sa pote alcoolo qui habite à coté de chez elle, elle fait quoi ? elle prend un avion, elle traverse le pays, pour aller se réfugier dans les bras de mosieur.

Et bin merci, Andrea Japp, de m’avoir donné envie de gerber. Merci pour touTEs les meufs qui liront ce livre. Merci pour les asexuelles, pour les aromantiques, pour celles qui bricolent leur vie en solitaire, pour celles qui ont survécu à des viols, pour celles qui tentent de construire une sexualité chouette, ou des amitiés fortes, pour celles qui croient que certains hommes sont moins pourris que d’autres, pour celles qui croient naïvement qu’elles peuvent dire non à un homme.

merci pour toutes celles qui s’étaient attachées à ce personnage fort et indépendant, qui croyaient que c’était possible.

! fin du spoiler et du trigger warning !

Et du coup ça me refait penser à comment Shane dans The L word elle est dépeinte. Elle s’évertue pendant un sacré temps à dire « non moi je ne fais pas dans les relations amoureuses », elle baise à droite à gauche mais ne veut pas de couple, d’histoire d’amour. Et bien sur, au bout de qqs saisons, elle « entend enfin raison », et tombe dans des histoires passionnelles qui à chaque fois lui font du mal, où elle est malheureuse, mais c’est pas grave elle recommence quand même. elle a compris que c’est ça qu’il faut faire, c’est ça la vie.

leurs vies ne valent rien quand elles décident de pas avoir de relation amoureuse ou sexuelle. elles sont frigides et se protègent inutilement. non, c’est sûr, la solution, c’est l’Aaaaamour.

alors bien sur, ça, ça ne concerne que les meufs. parce que les geeks, les célibataires endurcis, les types qui sont bien sans femme, y’en a à longueur de romans, à longueur de séries.

beurk, j’ai juste envie de gerber.

* elle est française malgré son pseudo, et biochimiste ds la vraie vie je crois.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s