wandering queer

brouillon, dans le désordre et au crayon gris

en cachette 30 octobre 2012

Filed under: pouésie,racisme/islamophobie — stupidfrog @ 16:29

La premiere fois qu’elle l’a mis. En cachette. L’armoire de sa mère, où elles jouaient, enfants, à se cacher avec ses soeurs. L’odeur lourde à l’intérieur, le renfermé, la sueur refroidie a imprégné les tissus. L’odeur douce de sa mère, sueur aux épices mélées, parfum et mystère des grandes.
Plus tard, s’y cacher seule, honteuse du plaisir qui surgit. Tissu fluide, qui crisse entre les doigts, glisse sur la peau. On dirait de la soie. Elle est sure que c’est cela qu’on appelle la soie. Le feu aux joues, saveur âcre, la peau de sa mère, de ses tantes.
Ce jour-là, elle le passe. Pour la première fois elle ose. Gestes rituels, elles les connait par cœur, elle les a vu répétés par toutes les femmes, matin après matin.
Elle en choisit un mauve, sombre, violet, elle ne sait pas trop comment on nomme cette couleur. Ni en arabe d’ailleurs. D’abord le bonnet, sur le front. Un peu grand, il flotte. Puis, elle se glisse dans le jilbab, le laisse l’enlacer. Elle s’y perd, taille adulte, elle est toute petite. Immensité de la cache, protection, enveloppe maternelle.
Trouver les deux brins. Les nouer derrière le chignon, son chouchou rose. Trouver les ouvertures pour les bras, elle aimerait que sa mère soit là, pour l’aider, la guider. Trouver les ouvertures, quête infinie.
Elle sort de l’armoire, aller jusqu’au miroir, elle marche sur les pans du voile ; mais elle est là, réelle.  Triomphe trébuchant. Regard de défi, elle a l’air d’une femme, enfin. Elle est musulmane. Lueur dans les yeux, trébuchant triomphe. Son cœur qui bat à tout rompre dans l’odeur de sueur de sa mère.
La porte qui s’ouvre, soudain.
Le cri.
Sa mère.
Elles se figent, pâles, se dévisagent. L’une immense et l’autre minuscule, perdue dans le tissu infini.
La colère sourde qui bouillonne.
Puis la claque.
Soudaine, claire. Le bruit sec.
Un silence infini.
Et la main de maman, qui s’approche, se resserre sur le voile, lente, impitoyable. Clac, l’arrache. Le nœud cède, le tissu se déchire, il tombe à terre.
Le silence glacé. La rage dans le regard.
Comment ose-tu ? Tu n’es qu’une enfant.

 

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