wandering queer

brouillon, dans le désordre et au crayon gris

Pas d’espace safe cette année 19 juillet 2011

le festival queer de Copenhague, qui a lieu chaque année en juillet, a, d’habitude, un texte qui définit comment faire de ce festival un espace « plus safe ». Cette année, illes ont décidé de ne pas le faire et ont publié un texte qui s’appelle « pas d’espace plus safe cette année ». Il me parait super interessant alors je l’ai traduit (de mon mieux, désoléE pour les mauvaises tournures).

La version originale est sur le site.

 

Pas d’« espace safe » cette année (queer Copenhague 2011)

En tant que groupe d’organisation du queerfestival copenhague 2011, nous avons décidé, après avoir discuté et fait le bilan du festival de l’an dernier, que nous voulons essayer de faire du festival de cette année un espace safe d’une autre manière que ce que nous avons fait les années précédentes. Par conséquent, nous avons décidé de ne pas pratiquer la « politique de l’espace plus safe » (Safer Space Policy, SSP) cette année.

La SSP était un long texte qui encourageait chacunE à regarder en face ses phobies et ses -ismes avant d’entrer dans le queerfestival, et aussi un résumé de toutes les choses que nous n’acceptons pas au festival. C’était centré autour de l’idée d’un espace qui donne une place centrale aux survivantEs.

Le texte en lui-même est très bien, et il couvre certaines questions très importantes. La raison pour laquelle nous ne voulons pas l’utiliser comme un pilier pour le festival de cette année, c’est que le texte en lui-même était devenu un ensemble de règles ou de lignes directrices autour desquelles on a structuré le festival. Il était devenu un outil important pour la résolution de conflits, quelque chose auquel on pouvait toujours faire référence pour résoudre un problème. Ce qui est très bien, sauf que cette « politique » était devenue en même temps la promesse d’un « espace safe » fictionnel. Une sorte de contrat qui garantissait automatiquement un espace safe quand on entrait dans le festival.

Le groupe d’organisation ne peut pas, seul, promettre ou être responsable de la « sécurité » (safety) générale au festival, c’est quelque chose que l’on attend de chacunE des participantEs. Nous avons l’impression que le fait d’avoir un ensemble de règles comme la SSP a enlevé une part de responsabilité et de réflexion individuelles, et nous voudrions les réintroduire.

Chaque personne arrive au queerfestival avec une histoire différente, et nous voudrions essayer de ne pas oublier ça, pour ne pas imposer des termes universitaires ou un langage queer-politiquement correct les unEs aux autres. Nous ne voulons pas finir par tomber d’accord sur des mots ou des termes sans en connaître réellement le sens, comme ça a pu être le cas avec la SSP.

Tout cela étant dit, nous espérons toujours que le festival soit un espace où nous combattons l’oppression structurelle, où nous prenons au sérieux que personne n’en soit victime, et que personne ne la performe. Nous espérons toujours que le festival soit un espace où on passe du temps et de l’énergie à prendre conscience et à remettre en cause nos propres positions et privilèges.

Par conséquent, nous ne sommes pas sûrEs que tout le monde doive se sentir safe tout le temps. Pas toutes les positions sont safe, et, si se sentir safe en tant que queer est important au festival, se sentir safe en tant que blancHE n’est peut-être pas forcément une bonne chose. On doit se souvenir que chaque fois qu’on interagit avec quelqu’unE d’autre, on représente des positions différentes. Parfois nos privilèges limitent la liberté d’autres personnes, parfois notre liberté est limitée par les privilèges d’autres personnes. Et donc, pour remettre réellement en cause nos positions, il se peut que nous devions laisser tomber l’idée de la « sécurité » (safety) personnelle de temps en temps, pour pouvoir faire un espace safe pour d’autres.

Et ce processus, en lui-même, n’est pas safe. C’est effrayant, dérangeant et parfois même douloureux.

Parce que, soyons clairEs, entrer dans le queerfestival ne veut pas dire qu’on entre dans une zone safe où toutes les luttes et les problèmes de la vie de tous les jours disparaissent par magie. Un espace safe n’est pas quelque chose dont on peut juste déclarer l’existence, c’est quelque chose que l’on doit continuellement travailler très dur pour créer.

En faisant ça, nous devons supposer que toutes les personnes qui prennent une semaine de leur vie pour participer au queerfestival le font parce qu’elles veulent passer une semaine avec d’autres queers, pour apprendre et se développer à la fois personnellement et en tant que groupe. Et parce que nous voulons détruire l’hétéronormativité, combattre le capitalisme et construire des alliances entre queers à travers le monde.

Malheureusement nous avons fait l’expérience qu’en réalité, avoir un ensemble de règles strictement définies (la SSP) créait un peu de la paranoïa. Ça générait une peur très forte de merder, et une attente constante que quelqu’unE d’autre allait merder.

Un but pour le festival peut être d’en faire une sorte de bulle, où on ne dépasse aucune frontière et on n’écrase aucun orteil, un refuge loin de toute la merde hiérarchique avec laquelle il faut faire partout ailleurs. Quelque part, c’est peut-être ce qu’on a essayé de créer en ayant une SSP les années précédentes. Mais malheureusement on ne peut pas se placer au dessus des hiérarchies et de l’oppression structurelle juste en ayant un ensemble de règles qui l’interdit. Du coup, on a parlé d’essayer, au moins pour cette année, de faire éclater cette bulle. Parce que, même si cette bulle peut-être un espace super confortable à habiter, au moins pour certainEs, c’est aussi un espace avec très peu de place pour grandir, apprendre, (se) développer.

On travaillera sur les structures racistes au festival, en continuant certaines discussions qui ont été commencées l’an dernier. Et pour cela, on doit être assez courageusEs, et ne pas juste faire semblant qu’on génère automatiquement un espace safe en étant « le festival queer ». On devra toutEs oser se remettre en cause, soi, et les unEs les autres. Regarder en face nos privilèges, nos oppresseurs, et nos positions. Et on aimerait que ça, ça fasse partie intégrante du festival.

On aimerait élargir l’idée de « sécurité » (safety), pour que ça signifie aussi un espace où merder n’est pas quelque chose de tellement douloureux ou honteux que personne n’ose essayer réellement de changer ses comportements. On aimerait que le festival soit un espace où nous n’avons pas peur de se remettre en cause, soi-même et mutuellement. Où on peut développer notre politique, nos théories et notre comportement social ensemble, où on peut combattre nos -ismes et nos phobies ensemble. Nous avons passé beaucoup de temps et d’énergie à parler des buts du festival et comment les réaliser au mieux. Et nous sommes impatientEs de continuer cette discussion avec vous touTEs pendant le festival.

Nous travaillons à trouver une façon différente d’intégrer la notion d’espaces plus safe dans le festival. Des ateliers, discussions, actions etc. Comme on l’a déjà souligné, c’est un boulot pour touTEs au festival, et nous vous encourageons donc à discuter dans vos groupes locaux, avant de venir au queerfestival.

Nous sommes impatientEs de vous voir.

Le groupe de pré-organisation

Copenhague queerfestival 2011

 

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