wandering queer

brouillon, dans le désordre et au crayon gris

Combien faut-il de féministes pour soutenir les intermittent-e-s et les précaires ? 30 novembre 2009

Dans la vie, il y a les gens qui prennent de la drogue, et d’autres qui n’en ont pas besoin. Indéniablement, les 2 groupes qui ont conclu ce week-end de soutien à la CIP appartiennent à la deuxième catégorie. Ils sont complètement barrés. Mais alors loin. Fantazio a beau se cacher derrière sa moustache (qu’il a fort belle, par ailleurs), on ne peut nier que ses neurones font des connections… bien particulières, et que ses phrases ont… un sens bien à elles. Quant à Jeune Fille Orrible, je ne peux que regretter que leur set ait été si court : les gens commençaient à peine à participer à leur musique (A. a bougé un spot et bruyamment jeté l’échelle au sol, quelqu’un s’est couché par terre, des gens ont commencé à taper sur les stores et d’autres à exploser des ballons…) qu’ils ont arreté. Mmh, frustration. Sinon à part ça, les sales féministes ont complètement envahi l’espace, au point que des hétéros se sont plaints d’être mal à l’aise. Rho, vous m’en voyez navrée.

La CIP, coordination des intermittent-e-s et des précaires, est un lieu, ex-squatt, à Paris, un grand espace ouvert qui permet d’organiser des milliards de trucs indispensables. Evidemment, illes vont être expulsé-e-s. Ce week-end était organisé un événement en soutien sur 2 jours, que j’ai trouvé très fort et chargé autant sur le plan politique que, pour moi, sur un plan personnel (ouf, il se passe des trucs de ouf dans ma vie en ce moment, vous avez vu ?).

Samedi, entre autres activités, il y avait du théâtre forum féministe, et c’était vraiment chouette. C’était la première fois que je faisais du théâtre et j’y ai vraiment pris du plaisir. On a joué trois scènettes. Dans la première, une assistante sociale hésite avec son plus charmant sourire entre être lesbophobe, transphobe et/ou sexiste face à une trans et sa compagne qui viennent demander un RSA couple, pour finalement opter pour les trois avec une pincée d’injonction au travail de merde (« ah écoutez, moi les couples homosexuels homme-femme, je sais pas si on fait ! »). Dans la deuxième, un mec vient draguer une nana dans un concert – on nous a accusé-e-s d’être caricaturaLEs sur ce coup, c’est étonnant, l’accusation ne venait que de la part de mecs (quand d’autres au contraire félicitaient les actrices d’avoir été si… jolies. J’vous jure) (« non mais j’ai un copain / ah mais j’suis pas jaloux ! »). La troisième est une scène de réunion en milieu militant hétéro, pour organiser un concert de soutien à des antifa incarcéré-e-s. Dois-je décrire la scène ? Deux mecs et la copine de l’un d’eux monopolisent la parole, les suggestions des nanas sont balayées quand elles sont entendues… enfin, tou-te-s celleux qui ont déjà milité en milieu hétéro peuvent facilement imaginer de quoi je parle (« le S.O., c’est pas pour les tapettes ! »). C’était vraiment chouette, parce que les scènes ont été rejouées avec les propositions (d’une minorité…) du public, parce que, même si y’avait beaucoup de copines déjà converties à la cause dans la salle, y’avait aussi des gens qui ont moins l’habitude des problématiques féministes, et parce que les scènes ont aussi amené à des débats qui m’ont semblé plus vivants, colorés, et concrets qu’un débat après une N-ième présentation ou un N-ième film. La salle était plutôt pleine et on a eu des retours super positifs (et pas seulement sur notre physique…).

Le soir y’avait des concerts et là, c’était plutôt au plan perso que ça a été important pour moi. Déjà, c’était chouette de revoir Grace et Volupté Van Van sur scène et de comprendre les private jokes de leurs paroles (salut, entre-soi agréable, enfin, pour celleux qui se sentent pas exclu-e-s…), et puis, ça y est, c’est fait, j’ai lu un texte à moi à la scène ouverte. Après des mois à me détester de vouloir à chaque scène ouverte, et à chaque scène ouverte d’ensuite me faire caca dessus et pas y aller, ça y est, c’est fait. C’est comme une première fois : c’était plutôt médiocre, mais au moins c’est fait. Ouf, voire youpi.

Le dimanche y’avait un film qui a l’air très très bien, La Poussette, mais que j’ai raté, flagellez-moi (oh oui !).

Après, y’avait quand même ce qu’il convient d’appeler sans hésitation le temps fort du week-end, à savoir… un bingo ! Combien faut-il de féministes pour faire un bingo ?… La salle était pleine et les lots excitants (un dvd du film Moudjahidate, un tshirt « caryotype, poil au slyp », des cds de Vices et Râlements Déviants, le livre de Tahin party sur l’histoire de lavortement, un guide pour apprendre à faire le ménage (cadeau spécial mec bio hétéro – le gagnant l’a refusé, c’est étonnant), etc etc…). Ah ça, y’avait plus de paillettes qu’à la maison de retraite, moi je vous le dis ! (pardon de citer des trucs et de pas mettre de références mais vous avez qu’à chercher, toc)

Et puis 3 concerts : une chorale de chants politiques italiens et espagnols (Chants de Rage et de Colère je crois), et puis les 2 groupes sus-cités, qui m’ont foutu le sourire et la patate.

En bref, un week-end super chouette, et ça fait du bien de voir que les thèmes féministes ont réussi à se faire une place dans un lieu qui n’avait pas du tout cette vocation au départ, et ça, sans lutte, mais juste comme ça, parce que des féministes et transpédégouines se sont investi-e-s là-dedans. Et aussi, étaient présentes des personnes que je ne pensais pas voir dans le même espace sans qu’il y ait effusions de sang (d’après ce que ma provinciale de personne avait compris de la géographie militante parisienne du moment), et ça m’a fait plaisir.

En plus j’ai eu le plaisir de faire la connaissance de plusieurs personnes très (très très) chouettes, et ça fait du bien ! Je crois que c’était un peu la conclusion parfaite de ce temps en Europe avant mon départ, demain, pour le Chili. Merci à vous…

 

4 Responses to “Combien faut-il de féministes pour soutenir les intermittent-e-s et les précaires ?”

  1. Hey ! Ravie et fière (pour toi, de toi, tout ça) que tu aies lu un texte de toi sur scène. Je suis sûre que t’as tout déchiré. Ravie et heureuse que tu partes demain pour le Chili (demain ? J’ai pas vérifié la date)

    A tout bientôt, la rousse !!!

    (Ici, ça ressemble au bonheur, je suis tellement contente de vivre tout ça !)

    Des bises, tiens.

  2. Un détail, de poids quant à ce qui s’est joué au théâtre : lorsque l’on demande le Rsa, il est préférable de se déclarer isolé(e), par une ironie dont l’histoire nous fournit mains exemple, le familialisme de la CAf est ici renversé : le RSA n’est pas un revenu individuel (trace de la notion de chef de famille, le bread winner). Seul(e) on a droit à 400e mais à 650 à deux (un cas à utiliser toutefois : celles et ceux qui n’ont pas droit au RSA en raison de leur age car illes ont moins de 25 ans peuvent en se pacsant avec un(e) allocataire entrer dans le dispositif).

    Cela fait de ce dispositif un des seuls dispositif homophile (?). Autant une cohabitation mixte sera suspectée d’être une « vie maritale », ce que les 350 000 visites domiciliaires de la CAf visent à vérifier pour faire baisser le montant versé, autant deux personnes de même sexe auront moins de souci avec ce flicage. Donc c’est sans doute le dernier endroit où le faire savoir (et puis pourquoi déballer sa vie aux instituions ? évitez quand même les comptes bancaires joints, ils font aussi des recoupements entre organismes).

    Pour ce genre de précisins sur les droits, deux permanences d’accueil à la coordination des intermittents et précaires, le lundi de 15 à 17h30, l’une sur les droits unedic des intermittents, l’autre sur les questions de précarité (suivi, radiation, rsa, etc.
    C’est au 14 quai de charente, Métro corentin Cariou.

    Sinon,

    SAMEDI 5 DÉCEMBRE

    Manifestations contre le chômage et la précarité, pour de nouveaux droits

    – Paris, 14h, place Stalingrad, direction place Clichy

    – Rennes, 15h, Place de la gare

    – Marseille, 14h, place Général-de-Gaulle

    – Lyon, 10h, départ Mas du Taureau à Vaulx en Velin, ou 14 h derrière L’Hotel de Ville de Villeurbanne

    – Bordeaux, 15 h place de la Victoire

    Agen, midi, place de la Préfecture pour un pique-nique collectif

    Besançon, 15 h, Place de la Révolution

    Toulouse, Montpellier, …, des infos dans les jours à venir…

    Un droit c’est un droit

    • stupidfrog Says:

      bonjour porte parole anonyme de la cip…😉
      effectivement pour le RSA couple. la situation c’était bien que la compagne avait moins de 25 ans, on a peut-etre oublié de le dire pendant la scene.
      pour autant je ne qualifierais pas cette différence de traitement entre couple hétéro et couple homo d' »homophile », et au contraire, car il s’agit toujours bien de penser que tout le monde est hétéro.
      je ne serai pas là pour les manifs pour cause d’ocean atlantique, mais je penserai à vous !

  3. Tochka Says:

    En effet il s’agissait d’un RSA couple dont l’unE des deux avait moins de 25 ans, en tous cas on est parties d’une situation vécue, qui permettait de passer par les clichés sexistes, d’un côté -une formation de caissière..- comme de l’autre -(après avoir lu l’identité bio de la trans en face d’elle) je comprends que mes propositions ne vous intéressent pas, et une formation dans la sécurité? (il y a bien des femmes dans la police aujourd’hui, je ne vois pas pourquoi vous le prenez mal!) Tout ceci enrobé d’une belle culpabilisation habituelle sur le RMI, comme insertion, RSA, comme activité, touché depuis deux ans -dejà!- par l' »allocataire », donc forcément une glandeuse.
    Y’avait pas beaucoup de pelés pour le film t’inquiète, et le lien avec la situation actuelle de la CIP, et des différents mouvements qui l’A, comme l’active, pas trop fait.
    Le bingo, un temps intéressant pour mêler ou amuser ensemble ou à côté ou rencontrer? les différentEs gouine transpédés hétéros et autres étiquettes je t’enmerde je me gratte le Q les moi aussi j’aime qu’on me flagelle, j’ai les cheveux longs mais qui suis-je? qui convergent en cercles parallèles

    Et la scène ouverte, ravie également d’avoir lancé mon texte! contre les polémiques, je ne pense pas que l’heure fut malvenue pour cette scène ouverte, la foule venue pour les Van van n’étaient pas forcément motivée pour la suite, et vu le rappeur qui lançait des « sale pute » à tour de bras pour finir, c’est pas plus mal…
    Oui c’était un super week-end! avec de tout
    et on pas fini d’échanger sur la suite des convergences des luttes


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