wandering queer

brouillon, dans le désordre et au crayon gris

être vegane 25 mai 2009

25.05

Après la (première) veggie pride a Prague, le week-end dernier (16.05), il y avait des projections de films au Cross Club (1). J’espérais que le premier serait le docu sur Food Not Bombs Prague, mais ça a été Earthlings. J’en avais vu des semblables (2), mais pas celui là, et pas depuis quelques années. Ca tombe bien, depuis quelques mois je me disais plus vegan, mais j’assumais de manger du fromage et d’en avoir rien à foutre si y’avait du lait dans mon menu indien de Beas (3).

Du coup, deux jours après, je reçois un mail de ma copine, qui, de végétarienne, a décidé de redevenir « raw ». Et j’ai un peu honte de lui dire que moi, ça n’a changé en rien mes habitudes alimentaires. Pourtant, évidemment, j’ai hésité entre vomir et pleurer pendant les 2 heures du film. Pourtant, fut un temps, je ne pouvais plus manger une bouchée de fromage sans être fatiguée 24 heures, voir du jambon sans avoir envie de vomir. Pourtant, le tofu est pas cher, mon coloc mange volontiers vegan avec moi, c’est le printemps et y’a des légumes…

Je crois qu’il y a autre chose qui se joue. Je crois qu’il est super important pour moi de ne pas avoir d’interdits, surtout alimentaires. Ne pas avoir d’interdit, pour sortir, une bonne fois pour toutes, de cette logique de culpabilité, de Bien et de Mal, de bonne conduite, bonne conscience, petite entorse en douce, repentir, résolutions, honte, punition. Sortir de ces putains de réflexes chrétiens. Faire les choses parce que tu en as envie, et non pas parce que les autres choses sont maaaaaal. Plus jamais « je fais ça, mais je sais que je ne devrais pas… ». Soit je le fais, soit je le fais pas, mais j’assume mon choix et je m’en réjouis. Ne pas avoir d’interdit alimentaire, parce que je suis une fille. Parce que j’ai passé un nombre d’années conséquent (le tiers de ma vie ?) au régime. Parce que la nourriture a été pour moi, d’aussi loin que je m’en souvienne et jusqu’à ce que je devienne vegane, l’incarnation la plus tangible de cette morale chrétienne. Chaque aliment était dans l’une des deux catégories, ou plutôt bien rangé dans l’échelle de la déchéance et du péché, entre la salade verte d’un côté et les frites à la mayo de l’autre. Parce que chaque bouchée s’est pensée, pendant plus de 10 ans, en termes de Bien ou de Mal, de nombre de calories, de repentir le lendemain, d’expédition cachette dans le frigo, d’envie de vomir, de jean qui ferme plus, de fierté du jean devenu trop large, de comparaison furtive et honteuse dans les vestiaires, de honte à prendre une salade au McDo devant les copains, de honte à être prise en train de manger des frites par ma mère. D’interdits, de craquage, de concessions. D’entorses et de confessions. De désespoir, de haine de soi, de déni du plaisir. Ou plutôt, du plaisir qui se tait. Du plaisir qui ne sait pas vraiment, qui ne sait plus (qui n’a jamais appris ?). Plaisir fierté de manger ces haricots verts – plaisir, le goût ? – demain mon pantalon fermera. Mental, rationnel. Plaisir honteux de me relever, encore, pour manger du fromage – plaisir, l’envie de vomir ? Mental, destructeur. Cul-pa-bi-li-té. Combien de femmes ressentent encore à leur âge ce pincement quand elles prennent la bouteille de sauce, dites-moi, combien ? Autodestruction, privation, purge, haine. Des-truc-tion.

Aujourd’hui, je suis grosse et je suis bien, je me sens parfois belle. Libérée ? Alors pourquoi ce même pincement quand j’achète ce morceau de fromage ? Quand je vais vers le frigo et choisis ça plutôt que le brocolis ? Ah évidement, les raisons sont bien plus honorables, hein. Je suis féministe, libérée de la dictature de la beauté, mes choix sont éthiques, je lutte contre toutes les dominations, alors évidemment, je suis vegane.

Sauf que… sauf qu’une fois dans l’intime, je reproduis les mêmes mécanismes qui me détruisaient avant en tant que produit de la société « mainstream ». quelle libération !

Quelle libération ? Comment me sortir de ces mécanismes ? J’ai l’impression que j’ai toujours besoin de cet interdit. Quand je me disais vegane, je mangeais en cachette le fromage dans le frigo de mes ami-e-s. Maintenant, ces quelques mois où j’ai publiquement assumé d’être juste végé, je me suis mise à rêver de jambon…

Je sais pas. Et là avec Earthlings, ça m’a rappelé l’intolérable dans ce bout de fromage, dans cette bière industrielle (oui, faites les fier-e-s, à vous offusquer que je boive du Coca. Mais vous croyez qu’elle vient d’où, votre heineken ?…), dans ma coloration chimique… Et j’ai ces deux trucs qui se battent en moi…

Résultat, hier, j’ai mangé à Country Life, vegan, bio, cuisiné sur place, tout ça… Et puis en sortant, j’ai eu envie de chocolat, alors j’ai pas hésité un instant, et je me suis acheté une glace chocolat vanille caramel…!

Peut-etre y’a aussi cette question de l’identité, qui rend les choses plus solennelles. Je suis vegane, ça me définit. Si je mange du fromage, c’est une entorse à mon être. Si il n’y avait pas ce mot sur moi, si les regards des gens ne changeaient pas selon que je prends tel ou tel plat, peut-être me serait-ce plus agréable ?

————

P.S: Et un autre truc de grosse à développer une autre fois : je suis « en surpoids », et tous les médecins que je rencontre s’accordent sur le fait que mes problèmes de ligaments sont liés à ça. Sauver ma cheville (mon genou, ma hanche…) ou dire merde à la normalisation médicale ?

————

(1) tiens, ils viennent d’ouvrir un étage « café », ouvert la journée et non fumeur – déco terre et bois plus qu’industrielle comme aux autres étages, mais toujours aussi tripée.

(2) meet your meat est dispo sur internet par exemple, si j’avais pas la flemme je vous mettrais la reference.

(3) celui de staromestske semble être un repère pour minorités sexuelles…

 

One Response to “être vegane”

  1. Sucrette en mousse Says:

    Yes I do love you
    (dis-je en buvant une heineken et planifiant une soirée raclette la semaine prochaine tout en mettant une alarme pour ne pas oublier le marché bio demain matin…)


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s